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Le général de Gaulle et la Chine

La Ve République Politique étrangère

En 1949, la France ne reconnaît pas la République Populaire de Chine et ne maintient ses relations diplomatiques qu’avec le gouvernement de Tchang Kaï-Chek réfugié à Taïwan.

Toutefois, tous les contacts ne sont pas coupés entre la France et la RPC. Sur le plan diplomatique, les accords de Genève, destinés à régler le conflit indochinois, sont négociés entre le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères chinois, Zhou Enlai, et le Président du Conseil français, Pierre Mendès-France. Sur le plan politique, c’est un sénateur gaulliste, Edmond Michelet, qui, le premier, mène en 1955 une mission parlementaire en Chine.

Mais c’est le général de Gaulle, fondateur de la Ve République en 1958, qui va donner une nouvelle orientation aux relations franco-chinoises. Cette orientation est à mettre en relation avec sa politique étrangère. Trois grands principes la régissent : indépendance, grandeur et réalisme.

D’une part, de Gaulle refuse que la bipolarisation de la Guerre froide prive la France d’une diplomatie autonome. D’autre part, cette politique autonome participe de la volonté gaullienne de maintenir le rôle majeur que la France doit jouer dans le nouvel ordre mondial. Enfin, sa vision du monde n’est pas prioritairement idéologique : les acteurs essentiels du jeu mondial sont les Etats, quels que soient leurs choix politiques.

Ainsi, dès le 6 juin 1962, de Gaulle confie à Alain Peyrefitte, futur porte-parole du gouvernement en 1963-1964, que la politique de cordon sanitaire préconisée par la Grande Bretagne à l’encontre de la Chine est dangereuse et qu’ « il se pourrait bien qu’un jour ou l’autre, [la France] soit amené[e]s à [la] reconnaître et à donner l’exemple au monde ». De même, à l’été 1963, le général de Gaulle fait part à Etienne Burin des Roziers, secrétaire général de l’Elysée, de son intention d’établir des relations diplomatiques avec la Chine. Les indépendances de l’Indochine en 1954 et de l’Algérie en 1962 lèvent les obstacles géopolitiques au rapprochement franco-chinois, la France n’étant plus alors considérée comme un Etat colonial par la Chine.

En septembre 1963, Guillaume Georges-Picot, président de la section Extrême-Orient du patronat français et ancien ambassadeur de France à l’ONU, est reçu par Zhou Enlai. En octobre-novembre 1963, Charles de Gaulle envoie l’ancien Président du Conseil Edgar Faure en Chine, comme son représentant, afin de préparer la reconnaissance avec les dirigeants chinois. Du côté chinois, où l’on désire depuis longtemps établir des relations officielles, l’accueil est très favorable.

Lors du Conseil des ministres du 8 janvier 1964, de Gaulle expose ses arguments en faveur de la reconnaissance par la France de la République Populaire de Chine : « La Chine est un chose gigantesque. Elle est là. Vivre comme si elle n’existait pas, c’est être aveugle, d’autant qu’elle existe de plus en plus ». En outre, cette reconnaissance participe de la politique d’indépendance nationale et d’affirmation de la France sur le plan international, comme il le déclare à la fin des délibérations du Conseil des ministres : « La Chine meurt d’envie d’être reconnue […]. Les Soviets sont devenus ses adversaires et les Etats-Unis le sont restés. […] Ils ne voient aucun autre interlocuteur  que la France. […] La France existe. Elle est indépendante, elle est pour la Chine une réalité et même la seule ».

Le 27 janvier 1964, la France et la Chine annoncent dans un communiqué qu’elles établissent des relations diplomatiques, et échangeront des ambassadeurs sous trois mois.