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Le général de Gaulle et le Moyen-Orient

Toutes périodes Carrière militaire, Politique étrangère, Résistance/France Libre

L’ « Orient compliqué »

N’ayant jamais servi dans l’armée coloniale, Charles de Gaulle n’a pendant longtemps qu’une connaissance théorique du monde arabe. Son service au Levant, entre 1929 et 1931, représente son premier contact direct avec l’Orient. « Le Levant, confie-t-il en 1930, est un carrefour où tout passe : religions, armées, empires, marchandises, sans que rien ne bouge ». Ce n’est que dans le contexte dramatique du second conflit mondial, qu’il s’y retrouve de nouveau. En effet, le Levant est le premier territoire arabe de l’Empire passé sous la souveraineté de la France Libre. Dès 1941, pour contrôler la région, de Gaulle s’appuie sur le général Catroux. Ce dernier met en place des gouvernements à Beyrouth et à Damas, avec lesquels il entreprend de négocier l’indépendance.

En effet, de Gaulle se trouve confronté au nationalisme arabe, enjeu d’une lutte d’influence entre la France et l’Angleterre, notamment au Levant. Ainsi l’opposition conjuguée des nationalistes, des Anglais, et même des Américains, le pousse à abandonner le mandat français sur le Liban en novembre 1943. En 1945, la Syrie est touchée à son tour. La riposte militaire française entraîne l’intervention militaire britannique qui contraint la France à évacuer le territoire. De Gaulle en garde un ressentiment envers les Anglais : « Vous avez outragé la France et cela ne peut être oublié ».  Cette crise est une des raisons pour lesquelles le général de Gaulle démissionne en 1946.

C’est pourtant une autre crise coloniale, la guerre d’Algérie, qui ramène le général de Gaulle au pouvoir, en 1958. Or le soutien accordé par de nombreux pays arabes, dont l’Egypte de Nasser, au Front de Libération National Algérien contribue à distendre leurs relations avec la France.

Le tournant de la Guerre des Six jours.

Une conjonction d’événements offre au Général de Gaulle l’opportunité de renouer avec le monde arabe. D’une part, lors de l’offensive d’Israël dans le Sinaï en juin 1967, de Gaulle expose la position française : Israël doit évacuer les territoires occupés, les pays arabes reconnaître l’Etat d’Israël. Il formule pour la première fois sa « politique arabe, le 29 juin 1967 : « Dans cette situation que nous prévoyons longue et pénible pour tous, nous avons l’intention de conserver nos rapports avec Israël et avec les Arabes. En ce qui concerne ceux-ci, nous souhaitons les encourager à construire et à retrouver leur dignité. Quand je parle des Arabes, je parle du Caire aussi bien que de Damas et d’Alger ». L’attitude équilibrée du général de Gaulle lui vaut une oreille attentive de la part de beaucoup de leaders du monde arabe comme Nasser. D’autre part, en 1968, les britanniques annoncent leur retrait de l’Est de Suez, annonçant l’accès à l’indépendance des Emirats : pour de Gaulle, c’est là un tournant, qui offre à la France la possibilité de jouer un rôle dans la région.

 

La « politique arabe de la France ».

Les deux dernières années au pouvoir du général de Gaulle (1967-1969) sont donc consacrées à resserrer les liens avec les pays du monde arabe, via l’action diplomatique en faveur de la paix israélo-arabe, domaine dans lequel de Gaulle recherche une coopération avec les Etats-Unis, mais également via la mise en place d’une coopération économique, en particulier en Irak et dans le Golfe Persique. Il lègue donc une doctrine équilibrée au sujet du conflit israélo-palestinien, évoquant même la possibilité de création d’un Etat palestinien dans ses derniers entretiens diplomatiques, et des perspectives de renforcement des échanges économiques, que ses successeurs, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing, vont faire fructifier.